C'était un samedi, il y a environ un an.
La série de looseries avait commencé quand j'avais ouvert ma boîte aux lettres et que j'y avais trouvé un courrier des impôts (oui en général quand Marianne se pointe dans votre boite ça sent rarement très bon).
Et effectivement, ce courrier me réclamait la modique somme de 1500 €, que j'avais touchés un an avant sous la forme d'un crédit d'impôt pour "mobilité". A l'époque, très naïvement, j'avais pensé que j'avais droit à cette somme parce que j'avais déménager suite à ma mutation, qui plus est pour aller m'enterrer dans une région tout sauf attractive. Une compensation sans doute...Bref j'ai encaissé le chèque sans demander mon reste, surtout qu'après un déménagement qui m'avait coûté un bras ça tombait bigrement bien tout ça.
Si j'avais été moins endive j'aurai téléphoné à Marianne pour lui demander si elle n'avait pas honte de faire croire aux braves gens que le père Noël existe peut être, finalement. Mais non vous-dis-je, j'étais naïve.
Me voilà donc démarrant ce fameux samedi avec 1500 € à rembourser. Autant dire avec 1500 € à trouver quoi.
Avouez que ma journée de la loose commençait fort.
Légèrement dépitée à cause de Marianne et déprimée à cause des journées mornes et pluvieuses que nous avions eu cette semaine là (oui je me souviens de la météo de cette semaine là vous comprendrez pourquoi plus tard) je décide d'aller faire une petite promenade avec Toutou. Ca tombait bien il faisait enfin beau et puisqu'il fallait que je trouve dix mille boules, un peu d'air ne me ferait sûrement pas de mal.
Me voilà donc au volant de ma titine avec Toutou dans le coffre, nez et truffe au vent à la recherche d'un petit coin de forêt sympatique. D'ailleurs tout le monde sait que les meilleures balades commencent par des chemins qu'on trouve au hasard. Il faut toujours faire confiance aux coups du sort dans ces cas-là. Toujours, sauf quand c'est "journée de la loose" mais ça je ne le savais pas encore.
Au final après quelques kilomètres, je me gare sur le bas côté d'une route et je m'engage, suivie par Toutou, dans un petit bois dépourvu de charme en espérant tomber sur une magnifique clairière au bout du chemin (remarquez au passage qu'à ce stade je n'ai toujours pas perdu mon optimiste). En réalité, au bout de ce chemin, qui d'ailleurs ressemblait à l'endroit idéal pour dissimuler un cadavre, je suis tombée sur... une scierie. Ô joie. Non seulement c'est moche mais en plus ça fait des bruits très très gênants. Tant pis pour la balade bucolique Toutou, j'en ai marre, allez zou on rentre.
Sauf que comme il avait beaucoup plu les jours précédents, se garer sur le bas côté avec été une grossière erreur. (Je ne vous avais pas dit que la météo de la semaine avait son importance ?) Titine était lamentablement embourbée. Et mes efforts mi-endive mi-barbie n'y on rien changé (bien au contraire). Au bout d'une demie-heure d'acharnement il a fallu que je me rende à l'évidence : Titine ne bougerait plus de là à moins d'être tractée. Et j'étais à dix kilomètres de chez moi. Flûte alors.
C'est là que j'ai commencé à perdre mon sang froid et à sérieusement m'agacer.
La première solution que j'ai imaginé c'est qu'un bon samaritain passe par là et me démêle ce merdier sauf qu'il est passé deux voitures en l'espace de 20 minutes et qu'aucun des conducteurs n'avait le temps/le matériel pour m'aider. Donc ils ont continué leur route en me laissant patauger lamentablement dans la boue, les salauds. Je peux vous dire que ça ne se serait pas passé comme ça si j'avais porté un mini short et un décolleté ce jour là mais comme je vous le disais c'était il y a un an... donc il caillait. Et puis aussi, je ne porte pas de mini short et de décolleté même l'été, mais je devrais peut être, parfois.
Au bout de quelques minutes supplémentaires c'est un monsieur à vélo qui s'est arrêté. Je me suis dit "encore un qui ne va servir à rien, je ne sais même pas pourquoi il s'arrête ce con" (oui, j'étais toujours passablement enervée). Mais le bonhomme m'apprend qu'il y a une ferme un peu plus loin sur la route et que dans une ferme il y a des tracteurs et qu'un tracteur, ça peut aider pour Titine qu'est embourbée. Bien vu papi. Je colle donc le chien dans la voiture et je m'en vais de ce pas faire du charme au gentil fermier. J'espère juste qu'il ne me lancera pas des cailloux sous pretexte que je ne porte pas de mini short.
Seulement au bout de 15 bonnes minutes de marche je n'étais tombée sur aucune forme d'habitation, même pas une grotte, et je ne voyais toujours rien venir au loin, soeur Anne. Une nouvelle fois il fallait se rendre à l'évidence : soit le vieux à vélo pensait que je n'étais pas suffisamment dans la merde et s'est foutu de ma gueule en me lançant sur une fausse piste, soit il avait Alzeihmer et la ferme en question avait été rasée vingt ans plus tôt.
Je n'ai jamais su.
Quoi qu'il en soit étant donné que je marchais dans la direction opposée à mon chez moi, il m'a semblé plus judicieux de faire demi-tour. C'est comme ça que je me suis retrouvée au point de départ : Titine, Toutou et la boue.
Un dernier conducteur m'ayant éconduit parce qu'il "n'avait pas de corde", il me sembla qu'il ne me restait plus qu'à aller me faire voir chez les grecs et rentrer à pied.
J'ai donc laissé Titine et embarqué Toutou à travers champs en me disant que forcément, prendre par les champs ça serait plus court que par le bitume. Décision qui s'est avérée judicieuse mais qui rétrospectivement me semble tout à fait inconsciente étant donné le karma que je me tapais ce jour là.
A mi-chemin j'étais en sueur et déjà super claquée parce que bien sûr, je n'étais pas du tout en tenue pour me taper cinq bornes à pieds en plein cagnard. Mais comme je n'avais pas assez morflée c'est à ce moment là que j'ai commencé à sentir une gêne dans ma bottine gauche. "Sûrement un caillou"...
Mais non ce n'était pas un caillou c'était la pointe aiguisée d'un petit clou de ma semelle qui à force, avait percé à l'intérieur de la chaussure et avait décidé que puisqu'il me restait trois kilomètres, c'était le moment de se mettre à torturer mon talon. Il a donc fallu que je termine ces foutus trois kilomètres presque à cloche-pied sous peine de me crucifier le talon gauche.
Je me souviens m'être tapée la moitié d'un pot de nutos en rentrant. Compensage par la bouffe, après une shkoumoune pareille on ne peut que me l'accorder.
Quelques heures plus tard mon chéri rentre affolé en me disant que je me suis fait piqué ma bagnole. Ben oui puisque je suis là et que Titine non, c'est qu'on me l'a volée, forcément.
Après quelques explications nous sommes repartis sur les lieux du crime munis de sangles et d'une volonté de fer pour sauver Titine. Nous étions à peine arrivés qu'une voiture s'arrête avec à son bord un adorable monsieur qui nous dit "bougez-pas j'ai une corde et avec mon attelage c'est plus sûr". Il a sorti Titine de la boue en deux temps trois mouvements.
Moralité de cette histoire, qui est entièrement vraie je le jure : une jeune fille en détresse peut se brosser mais si elle est avec son mec alors ok, on veut bien l'aider.
Ah.
Bon.

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